Eczéma du pied : reconnaître les causes et apaiser la peau
Eczéma du pied : comment le distinguer d'une mycose, le rôle des chaussures dans les allergies de contact, et les soins qui apaisent la peau.
Eczéma du pied : comment le distinguer d'une mycose, le rôle des chaussures dans les allergies de contact, et les soins qui apaisent la peau.
L'eczéma du pied désigne une inflammation de la peau plantaire, interdigitale ou du dessus du pied. Il se traduit par des démangeaisons, des plaques rouges et une desquamation qui gênent la marche.
Sa fréquence est souvent surestimée par confusion avec l'eczéma des mains. Une analyse du North American Contact Dermatitis Group portant sur 43 677 patients testés entre 2001 et 2018 situe l'atteinte des pieds seuls à 2,9 %, contre 22,8 % pour les mains seules et 3,7 % pour les deux localisations associées.1
Les démangeaisons dominent le tableau et précèdent souvent les lésions visibles. Elles s'intensifient volontiers le soir, une fois la chaussure retirée.
En phase aiguë, les plaques sont rouges et parfois parsemées de vésicules. Un suintement peut apparaître, suivi de croûtes. En phase chronique, la peau s'épaissit et se fissure, en particulier sur le talon et la plante, où les contraintes mécaniques sont les plus fortes. Les crevasses qui en résultent sont douloureuses à la marche.
Les localisations habituelles sont la plante, les espaces entre les orteils et le dessus du pied. La répartition des lésions apporte une information au médecin : une atteinte qui épouse la forme d'une bride ou d'une semelle oriente vers un contact, tandis qu'une atteinte bilatérale et symétrique évoque plutôt un terrain atopique.
Une forme particulière associe de petites vésicules aux paumes et aux plantes. Il s'agit de l'eczéma dyshidrosique, que notre article sur l'eczéma bulleux et la dyshidrose traite en détail. La Société canadienne de l'eczéma le recense parmi les types d'eczéma aux côtés de la dermatite atopique et de la dermatite de contact.
C'est la confusion la plus fréquente sur cette zone, et elle a des conséquences pratiques : un antifongique n'améliore pas un eczéma, et un dermocorticoïde appliqué sur une mycose peut l'aggraver.
La teigne du pied débute souvent entre les orteils, avec une desquamation et une macération volontiers unilatérales au départ. L'eczéma touche plus souvent les deux pieds d'emblée. Un prélèvement mycologique tranche rapidement, et il est systématiquement proposé devant une atteinte interdigitale persistante.
Le psoriasis donne des plaques épaisses aux bords nets, généralement moins prurigineuses. L'eczéma génère davantage de vésicules et un prurit plus marqué. Les deux affections peuvent toutefois coexister, ce qui justifie un examen dermatologique en cas de doute.
Trois mécanismes se combinent dans des proportions variables : une barrière cutanée fragilisée, une sensibilisation allergique, et les contraintes propres au pied.
Des mutations du gène codant la filaggrine altèrent la cohésion des cellules de la couche cornée. La peau retient moins bien son eau et laisse pénétrer plus facilement irritants et allergènes. Ce terrain explique la récurrence des poussées chez certaines personnes, et il amplifie la réaction à des stimuli habituellement bien tolérés.
C'est la spécificité de cette localisation. Une analyse du réseau IVDK a comparé 625 patients suspects de dermatite liée aux chaussures à un ensemble de 119 417 personnes testées pour d'autres expositions. Un profil de sensibilisation distinct s'en dégage.2
Les auteurs relèvent en revanche que les réactions aux colorants du cuir et du textile restent rares, ce qui va à l'encontre d'une idée répandue. Le nickel et le mélange de parfums figurent par ailleurs dans les cinq allergènes les plus pertinents pour le pied comme pour la main.
La chaussure crée un environnement chaud et humide. La transpiration prolongée ramollit la couche cornée et facilite la pénétration des substances présentes dans les matériaux. La friction répétée entretient l'inflammation sur les zones d'appui. Ces deux facteurs n'expliquent pas à eux seuls un eczéma, mais ils abaissent le seuil à partir duquel il se déclenche.
La comparaison éclaire la prise en charge. L'eczéma des mains est fréquent et souvent lié au travail : 14,5 % des gens en ont eu au moins une fois, d'après une synthèse de 66 études portant sur plus de 568 000 personnes.3
L'eczéma du pied suit une autre logique. Dans l'étude nord-américaine, seules 4,0 % des réactions pertinentes chez les patients atteints aux pieds étaient d'origine professionnelle, contre 18,0 % pour les mains. Autrement dit, l'eczéma des mains vient largement de ce que l'on manipule, tandis que celui du pied vient surtout de ce que l'on porte.
Cette différence oriente l'enquête. Face à un eczéma du pied, l'examen des chaussures, des semelles et des chaussettes précède souvent l'analyse du poste de travail. Notre article sur l'eczéma des mains détaille la situation inverse.
Deux examens structurent la démarche. Le prélèvement mycologique écarte ou confirme une infection fongique. Le patch-test recherche une sensibilisation allergique.
Le patch-test consiste à appliquer des allergènes standardisés sous occlusion dans le dos, avec une lecture différée à 48 puis 96 heures. Devant une suspicion liée aux chaussures, une batterie spécifique complète la série standard, afin de couvrir les composants du cuir, des colles et du caoutchouc.
Identifier le déclencheur change la prise en charge, puisqu'il devient possible de l'éviter. Sans cette étape, les récidives se répètent malgré un traitement bien conduit.
L'application d'un émollient constitue le geste de fond. La Cochrane, un organisme indépendant qui compile les essais cliniques, a réuni 77 essais portant sur 6 603 personnes. Elle observe un nombre de poussées plus faible, et un délai avant la suivante qui passe de 30 à 180 jours.4
La peau du pied supporte, et réclame, des textures plus riches que le reste du corps. Sa couche cornée est épaisse, en particulier sur la plante et le talon, ce qui ralentit l'absorption des soins. Les critères de choix d'une texture sont détaillés dans notre article sur la crème pour eczéma.
L'American Academy of Dermatology recommande une application dans les trois minutes qui suivent le lavage, sur peau encore légèrement humide.5
Un lavage à l'eau tiède, avec un nettoyant sans savon, préserve mieux la barrière qu'un savon classique. Le séchage entre les orteils demande une attention particulière, car l'humidité résiduelle favorise la macération et les surinfections.
Les dermocorticoïdes constituent le traitement de première intention des poussées, avec une puissance adaptée à l'épaisseur de la peau traitée. Les inhibiteurs topiques de la calcineurine offrent une alternative pour un usage prolongé. Ces traitements relèvent d'une prescription et s'articulent avec la routine émolliente plutôt qu'ils ne la remplacent.
L'éviction de l'allergène identifié reste la mesure la plus efficace. Plusieurs habitudes la complètent.
BIODERMA propose la gamme Atoderm, formulée pour les peaux sèches à très sèches et compatible avec les peaux à tendance atopique. Trois soins couvrent le nettoyage et l'entretien quotidien.
Atoderm Huile de douche est une huile nettoyante qui remplace le savon. Selon sa fiche produit, la peau est 26 % plus hydratée après 27 jours, sur un test conduit auprès de 52 volontaires adultes, et l'hydratation se maintient jusqu'à 24 heures.
Atoderm Intensive gel moussant est un gel nettoyant apaisant destiné aux peaux très sèches et compatible avec les peaux à tendance atopique. Sa fiche produit indique que 85 % des usagers trouvent leur peau plus confortable. Le produit est prescrit par des dermatologues.
Atoderm Intensive baume prend le relais après le lavage. Ce baume ultra-apaisant et relipidant associe le complexe Lipigenium, le PEA et le brevet Skin Barrier Therapy. Sa texture riche convient aux zones très sèches et épaisses. Sa fiche produit rapporte 100 % de la peau plus nourrie après 21 jours. Le produit figure parmi les soins ayant reçu le Sceau d'acceptation de la Société canadienne de l'eczéma.
Ces soins accompagnent la prise en charge quotidienne. Ils ne remplacent ni le diagnostic différentiel ni le traitement d'une mycose ou d'une dermatite de contact avérée.
La mycose débute souvent entre les orteils, de façon unilatérale, avec une macération caractéristique. L'eczéma touche plus volontiers les deux pieds et s'accompagne d'un prurit plus intense. Seul un prélèvement mycologique permet de trancher avec certitude, et il est d'autant plus utile qu'un traitement inadapté peut aggraver la situation.
Oui, et le mécanisme est documenté. Les patients suspects de dermatite liée aux chaussures présentent un profil de sensibilisation distinct, avec une fréquence nettement plus élevée de réactions au sel de chrome du tannage, à la résine de pin des colles et aux accélérateurs du caoutchouc. Un patch-test avec une batterie dédiée identifie le composant en cause.
Marcher pieds nus chez soi limite au contraire la macération et le contact avec les matériaux des chaussures. La prudence porte plutôt sur les sols des lieux publics humides, vestiaires et bords de piscine, où le risque d'infection fongique est plus élevé sur une peau déjà fragilisée.
Le confort revient généralement dans les premiers jours de soins. Les fissures et l'épaississement de la peau demandent plusieurs semaines, car ils dépendent du renouvellement cutané. Une absence d'amélioration après deux semaines de soins réguliers justifie un avis médical, en particulier pour écarter une mycose.
1 - Silverberg JI, Patel N, Warshaw EM, et al. Hand and foot dermatitis in patients referred for patch testing: Analysis of North American Contact Dermatitis Group data, 2001-2018. J Am Acad Dermatol. 2022;87(5):1049-1059. PMID: 35940370. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/35940370/
2 - Traidl S, Werfel T, Ruëff F, et al. Patch test results in patients with suspected contact allergy to shoes: Retrospective IVDK data analysis 2009-2018. Contact Dermatitis. 2021;85(3):297-306. PMID: 33882155. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33882155/
3 - Quaade AS, Simonsen AB, Halling AS, Thyssen JP, Johansen JD. Prevalence, incidence, and severity of hand eczema in the general population: a systematic review and meta-analysis. Contact Dermatitis. 2021;84(6):361-374. PMID: 33548072. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33548072/
4 - van Zuuren EJ, Fedorowicz Z, Christensen R, Lavrijsen A, Arents BWM. Emollients and moisturisers for eczema. Cochrane Database Syst Rev. 2017;2(2):CD012119. PMID: 28166390. https://www.cochrane.org/CD012119/SKIN_emollients-and-moisturisers-eczema
5 - American Academy of Dermatology Association. Eczema: how to relieve itchy skin. https://www.aad.org/public/diseases/eczema/childhood/itch-relief/home-remedies
Contenu rédigé par l'équipe éditoriale BIODERMA Canada et revu médicalement par Anaïs Caldirola, Medical lead chez NAOS, afin d'en garantir l'exactitude et la fiabilité scientifique. Les informations médicales s'appuient sur des références dermatologiques établies.